Où sont les mamans ?


« La mère manque terriblement à notre monde qui a perdu son cœur, son cœur aimant et fragile, en qui tout service est lien. A force d’indépendance, on rompt toute attache, chacun est isolé. La mère manque terriblement à ces hommes, à ces femmes désassemblés qui ignorent ce qu’est une confiance absolue et n’exigeant pas de garanties. »
« Sans doute chacun des métiers de la mère peut-il être quantifié et confié à un mercenaire, mais la présence, comment la mesurer ? L’importance d’un acte se perçoit à sa gratuité et payer un acte n’est pas toujours en reconnaître la valeur. La présence ne se paie pas. » Jean Noël Dumont (Le Tiers Invisible)
La mère manque à notre monde. On voit assez qu’en son absence, la vie quotidienne se brise et se décolore. Les gestes familiers réduits à des fonctions séparées, sont confiés à des salariés multiples et variés, et l’on ne parvient plus à trier  dans chaque geste ce qui est travail et ce qui est tendresse. Mais où est la tendresse quand elle n’est plus liée à l’attentif travail qui l’exprime ? et qu’est-ce que cuisiner, coudre, accompagner, soigner s’il ne s’agit plus que de fonctions techniques. La vie quotidienne en miette ne laisse alors qu’un immense vide où errent des êtres désemparés. Cette absence, ce déchirement de tout tissu social, ne sera jamais remplacé par des organismes socio-culturels ! C’est le cœur du monde qui cesse de battre quand la présence maternelle est dévalorisée.
Les éditions Belin ont réédité un livre de lecture du cours élémentaire des années 60. Ils ont raison , ce livre : « Au pays bleu, roman d’une vie d’enfant », d’Edouard Jauffret est une petite merveille. En voici un des tous premiers textes, intitulés : « le réveil » Ah si on pouvait encore apprendre à lire dans ce genre de texte.
« Je m’éveillais au grand jour. Le soleil se glissait à travers les persiennes et jouait dans les rideaux de mon petit lit. Et moi je jouais avec lui, cherchant à le saisir de mes menottes. Je riais…
Puis, tout à coup, le silence de la chambre m’effrayait un peu. Je me levais à demi, et je prêtais l’oreille. Alors je remarquais le bruit léger de la pendule de marbre, déjà éveillée elle aussi, sur la cheminée. Et ce babillage me rassurait. A voix basse je l’imitais : « Tic, tac, tic, tac… » Mais une porte a gémi doucement, derrière la cloison. Je me tais et retiens mon souffle… Un pas glisse dans le couloir. Ce pas je le connais bien. Je jette un grand cri : « Maman » !
Et maman accourt, souriante. Je lui tends les bras. Je m’attache à elle, et lui rends dix caresse pour une.
« Bonjour, mon chéri !
-Bonjour, maman ! Bonjour… »
Et je ris parce que maman rit. Je suis debout contre sa poitrine. Mon visage touche le sien. Je me regarde dans ses yeux clairs, et je m’y vois petit, petit… Je frôle avec ma joue, sa joue, et ses fins cheveux me chatouillent.
Que je suis bien, là !
« Maman :
-         Mon petit !... Tu l’aimes bien, ta maman ? »

-         Si je l’aime ? Je me serre davantage encore contre elle. Et je réponds entre deux baisers : « de tout mon cœur »
                                                                                      30 janvier 2015
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