Chères amies,
 Nous sommes tous bouleversés par les attentats qui frappent la France. Tout le monde en parle, et pas forcément de façon juste ou simple. Nos responsabilités  de parents, de mère, sont bien sûr très importantes dans ces circonstances. Parler avec les enfants permet de les aider à comprendre. Quel que soit leur âge, nos enfants doivent entendre notre façon de voir les choses en fonction de leur aptitude à les  comprendre. Ce n’est pas l’émotion, la peur, ou une idée de vengeance qui doivent nous guider, mais l’envie de discerner calmement ce que nous voulons leur dire de la vie et du monde.
J’ai trouvé dans le Ouest France d’hier un article qui m’a paru très juste. Je vous le communique. J'y ai rajouté en italique deux extraits d’un article d’Europe 1.                                
Brigitte Jacquelin

 5 conseils pour parler de l'attentat avec vos enfants
L'attentat à Charlie Hebdo est un sujet délicat à aborder avec des enfants. Serge Tisseron (1) et Claude Halmos (2), psychanalystes, nous aident à trouver les mots justes.
 2015

    L’attentat à Charlie Hebdo a suscité une énorme vague d'émotion à travers le pays.Confrontés à nos propres réactions face à ce drame, il est tentant de vouloir protéger les enfants de tels actes de barbarie. Ils sont pourtant eux aussi témoins de l'élan de recueillement et de solidarité qui rassemble les adultes dans la rue depuis deux jours.
Dans toutes les écoles,  jeudi, une minute de silence a été respectée en hommage aux victimes. L'occasion pour les parents de revenir, ce soir avec les enfants, sur cet événement exceptionnel.

1 - Prenez l'initiative du dialogue
Vos enfants n'ont pas pu échapper aux réactions qui se sont multipliées depuis 48 heures après l'attentat, au siège du journal satirique Charlie Hebdo, qui a causé la mort de douze personnes.« Depuis hier matin, les enfants sont plongés dans un bain d'émotion » confirme Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste.
« Les parents ont l'impression que les enfants n'ont rien vu, rien entendu ou qu'ils sont trop petits. Or, il est très important de leur parler. Si les parents sont bouleversés et n'en disent rien, les tout-petits pensent que c'est à cause d'eux et en éprouvent de la culpabilité. Un peu plus grands, vers 3, 4 ans, les enfants se sentent méprisés ou indignes de comprendre ce qui se passe.»

Pour Stéphane Clerget Pedopsychiatre, Tout dépend de son âge. En dessous de 5 ans, les enfants n'ont pas la capacité de comprendre ce type de drame. Donc, s'ils n'en entendent pas parler, ce n'est pas la peine de leur faire un cours sur le terrorisme ni de les exposer aux images des journaux télévisés.

2 - Ne cachez pas vos émotions
Face à de tels actes, « tout se mélange », explique Serge Tisseron. « Les adultes craignent de se mettre à pleurer ou de dire qu'ils ont peur. Il ne faut pas trop communiquer sur cette peur non plus ». Mais masquer ses émotions peut être contre-productif.
« Les parents ne doivent pas retenir leurs émotions, abonde Claude Halmos, psychanalyste et écrivain. C'est une réaction humaine qui montre l'inhumanité de ce qui s'est passé. »
Pour dédramatiser, mieux vaut aborder le sujet de manière raisonnable en rappelant simplement les faits.
« Demandez d'abord à vos enfants ce qu'ils savent, en leur faisant préciser, conseille-t-elle. L'enfant imagine les choses à sa façon, de manière parfois très différente de celle des adultes. La parole de l'adulte doit servir de contenant et permettre à l'enfant de comprendre ce qu'il a vu ou entendu. Elle évite la construction d'images terrifiantes.»

3 - Utilisez des mots simples
Inutile de vous lancer dans un exposé de thèse sur la liberté d'expression. Tenez-vous en à un simple rappel des faits, en évoquant certains mots et tous les protagonistes : victimes, agresseurs et personnes en désaccord.
Serge Tisseron propose cet exemple : des dessinateurs ont fait des dessins du dieu musulman. Dans la religion musulmane, on n'a pas le droit de représenter dieu. Deux hommes ont décidé de tuer ces dessinateurs. On ne tue pas quelqu'un parce qu'il fait des dessins. Depuis toujours des gens en veulent à ceux qui sont différents ou qui ne pensent pas comme eux. Beaucoup de gens, y compris des musulmans, sont scandalisés par ce qui s'est passé.

Vous pouvez expliquer à vos enfants ce qui s'est passé, sans rentrer dans les détails, en utilisant des mots simples. "Vous pouvez d'abord dire à vos enfants qu'il y a des gens fous qui ont commis des actes d'une grande violence", conseille la psychothérapeute Audrey Akhoun. Ensuite, le plus important, "c'est de leur expliquer qu'il y a la police, l'État et que tout est mis en œuvre pour que ces gens qui ont mal agi soient retrouvés et punis en conséquence", ajoute la psychothérapeute.

Les rassurer par des images d'ordre. Comme les enfants imaginent beaucoup de choses et toujours le pire, pour les rassurer, il faut les ramener à du concret. Leur montrer sur le terrain, les policiers devant les magasins ou les lieux publics et leur dire, "ils sont là pour nous protéger et te protéger". En revanche, il ne faut surtout pas leur montrer des images du journal télévisé. "L'image télévisuelle n'a pas de caractère informatif. Cela créé beaucoup d'émotions mais cela n'informe pas", rappelle le pédopsychiatre Stéphane Clerget.

« Il est important d'expliquer aux enfants qu'il y a une réaction face à cet événement exceptionnel, précise Claude Halmos. « La police recherche les meurtriers, les gens se mobilisent, dans les journaux, dans des rassemblements.

4 - Répondez aux questions
« Une famille athée ou musulmane n'abordera pas forcément cette affaire de la même manière mais il existe un noyau dur commun, qui est que tout le monde est bouleversé »explique Serge Tisseron.
Face à l'inquiétude que pourrait susciter la cavale des agresseurs, il ne sert à rien d'affirmer des certitudes. Le psychanalyste suggère de répondre aux questions : où sont-ils ? En fuite. Est-ce que la police va les arrêter ? On l'espère. Vont-ils s'attaquer à d'autres personnes ? On n'en sait rien.
« Les parents amorcent l'échange pour que l'enfant puisse se sentir libre de poser des questions, insiste le psychanalyste. « Les adultes doivent aussi accepter de dire qu'ils ne savent pas, quand ils ne savent pas.»

5 - Aidez-les à comprendre et grandir
Aucune consigne n'a été délivrée aux enseignants par le ministère de l'Éducation nationale, pour évoquer l'attentat auprès des enfants. « L'école ne dispose pas d'un mode d'emploi, par tranche d'âge, précise Serge Tisseron. C'est donc aux parents que revient cette tâche. Il ne faut pas attendre car l'actualité va très vite. »
« Lors de l’affaire Merah, j'avais demandé à un garçon de 6 ans et demi s'il savait de quoi il s'agissait. Il m'a répondu : "Oui. C'est un fou qui a tué un juif". Lorsque je lui ai demandé s'il s'avait ce qu'est un fou, il m'a répondu "non". Et un juif ? "Non plus" » raconte-t-il.
Le psychanalyste insiste sur la nécessité, en particulier pour les élèves de primaire, d'aider les enfants à comprendre ce que signifie la minute de silence observée jeudi.
« Il ne faut pas perdre l'occasion de cette extraordinaire leçon de démocratie et de tolérance que nous pouvons leur donner.»

(1) Serge Tisseron, psychiatre et psychanaliste, est l'auteur de 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir aux Editions Erès
(2) Claude Halmos, psychanalyste et écrivain, a publié Est-ce ainsi que les hommes vivent ? chez Fayard.
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