La famille, un travail permanent sans retraite.


En février dernier, j'ai participé à un colloque à Paris, salle Gaveau organisé par le docteur Olivier Badelon sur le thème : La reconnaissance des femmes dans la société française. Il y avait plusieurs tables rondes dont celle dont je faisais partie : La famille, un travail permanent sans retraite.


Voici ma contribution :

"Comme titre, je dirais plutôt : un temps plein sans retraite !

Mon discours qui va sans doute vous étonner, mais auparavant qu’on se mette bien d’accord :

Oui, bien sûr je suis, nous sommes dans notre association pour une retraite pour les femmes au foyer qui ont élevé leurs enfants ou se sont occupées de leurs parents âgés ou handicapés.

Oui, bien sûr nous sommes pour une allocation digne, qui reconnaitrait à sa juste valeur le travail que nous faisons en élevant nous-même nos enfants, en travaillant gratuitement avec des associations, ou pour la société toute entière.

Oui nous souhaitons accéder à des formations qui nous permettraient de reprendre un travail le moment voulu.

Oui nous avons aussi besoin d’un suivi médical…etc .

Il y a beaucoup de choses à faire pour que la femme au foyer retrouve sa juste place au milieu de toutes les femmes de France ; elle, qui est bien consciente d'être définie par ce qu'elle n’est pas : ni étudiante, ni retraitée, ni active...

Lorsque je vais en Europe, je me rends compte que les Françaises passent pour des super women ! Elles ont des bébés et travaillent.

Et alors arrivent les questions :

Est-ce que la qualité de vie subsiste, tant au niveau du couple que de la famille, de la société ?

Qu’en est-il de la transmission ? pour le tout petit, l’adolescent ?

La femme, âme de la maison, n’est-elle pas en voie de disparition ?

Nous voyons se créer dans les maisons de quartier, des ateliers pour apprendre aux jeunes femmes à bercer, nourrir, soigner leur bébé : tout ce qui se transmettait de mère en fille se perd par manque de temps. On en arrive à une transmission de savoirs impersonnels et coûteuse pour la société.

***

Ne croyez pas que je sois pessimiste non, simplement réaliste et optimiste parce que cette situation n’a rien d’irrémédiable : notre association est là pour le prouver : interrogez nos adhérentes.

Leurs choix ont été difficiles et le sont encore dans le contexte que nous connaissons, mais vous aurez du mal à trouver beaucoup de regrets dans leur discours.

Elles savent pourquoi elles souhaitent rester au foyer, ne serait-ce que quelques années et les bienfaits qu’elles en retirent, pour elles-mêmes, leurs conjoints, leurs enfants, leur famille et leurs amis.

Iil est important de prendre du temps pour écouter, voir grandir son enfant et lui donner une colonne vertébrale, de prendre du temps pour son couple et de prendre du temps pour réfléchir à ce que l’on vit et à ce que l’on veut vivre.

Bien sûr c’est une vie difficile, mais comme toutes les vies ! Et sûrement moins difficile que la vie de ceux qui passent leur temps à courir après… après quoi ? On se le demande.

Au diable l’argent et le pouvoir si c'est au détriment de votre bien-être et de votre équilibre !

Ne pensez pas que nous soyons ringardes : les médias nous appellent déjà les « nouvelles femmes au foyer », mais bien sûr comme tout ce qui est nouveau, il faut oser !!!!!!

Le défi des nouvelles femmes au foyer : faire tout bien, mais successivement : les études, le métier, l’éducation de leurs enfants, éventuellement le retour à la vie professionnelle, le bien-être en s'adaptant à l'évolution de leur vie familiale : chaque chose en son temps !

Encore faut-il quelles en aient les moyens.

Je pense que la femme au foyer est indispensable. Ce n’est pas que toutes les femmes doivent devenir femmes au foyer ou qu’on doive le rester toute sa vie, mais il me semble très utile de dire aujourd’hui ce que le politiquement correct ne veux plus entendre :

Pendant l’enfance et l’adolescence des enfants, ce qui ne sera pas fait au jour le jour par la mère et avec le père ne sera fait par personne.

La femme, puisque nous parlons d’elle, doit jouer à part entière le rôle qui lui est donné dès le moment même où elle conçoit son enfant.

La femme française d’aujourd’hui doit réapprendre à ne plus dépendre d’un patron ou d’horaires imposés. Elle doit, avec son conjoint, retrouver le goût et la liberté de pouvoir s’organiser, et mener à bien l’aventure de la famille qu’elle a choisie, dont elle a souvent rêvé depuis qu’elle est toute petite et dans laquelle elle s’est lancée avec son conjoint en entrainant enfants et famille.

Vous allez me dire : « mais elles n’ont pas le choix ». En êtes-vous si sûrs ? Ou bien alors : « on ne peut rien y changer, c’est trop tard ». Est-ce bien certain ?

Je laisse simplement ces questions en suspens. N’y répondons pas trop vite, ni de manière trop générale . Faisons tout pour que tout soit mis en place pour rendre possible ce choix AUSSI.

Écoutons ceux qui se posent ces questions...

Une piste pour permettre ce choix est peut-être de lutter pour que le travail "invisible" de la femme au foyer soit reconnu et valorisé. Celle-ci sera de nouveau respectée.

On ne veut plus l'entendre. ALORS, Il faut le redire.

Notre association des « Femmes actives au foyer » avec toutes ses adhérentes à travers la France, est là pour témoigner de la vérité et de l’efficacité de ce que je viens de vous dire.

Elle est la voix des trois millions de femmes systématiquement ignorées quand vient l'heure de prendre des décisions politiques, économiques et sociales.

J'espère qu'en 2012 cela va changer !

Merci"

Marie-Christine Rousselin,

présidente de FAEF-UN (France)

Effectivement, j'ai étonné ! Les questions dans la salle ont cependant montré que mon discours, très différent de ce qui avait été dit auparavant avait touché : la reconnaissance des femmes ne doit pas faire l'impasse de la responsabilité vis à vis de ses enfants en particulier, de la famille... mais au contraire doit valoriser tout ce travail de fond et véritable trésor pour toute la société.

En revanche les intervenantes avocates, qui ne voient que les cas de femmes en difficulté, ont perdu de vue que tout se joue bien avant le divorce ou la séparation et sont très pessimistes. Il faut donc dire et redire l'importance de notre rôle pour le bien-être de tous.

février 2012