« Partage des responsabilités professionnelles et familiales »

FAEF a répondu à l'invitation du Ministère pour traiter de ce thème et a été surprise de constater qu'à aucun moment les termes du sujet n'ont été définis, ce qui a conduit à des interventions où « famille » et « enfants » n'ont pratiquement pas été cités.

Dommage ! Pour nous, c'était le cœur du débat. En quittant le ministère, le conte d'Andersen nous est revenu à la mémoire et j'ai pensé que, comme dans « les habits neufs de l'empereur », FAEF, elle, osait dire : « Le roi est nu ! »

M.Ch Rousselin

Contribution de FAEF pour la conférence du 28 juin 2011 au Ministère des solidarités et de la cohésion sociale sur le thème « Partage des responsabilités professionnelles et familiales »

Partage des responsabilités professionnelles et familiales

Vraie question de laquelle découle la vie ou la mort de notre société. Mais avant de savoir comment partager les responsabilités il faut déjà se demander ce que sont les responsabilités familiales et les responsabilités professionnelles.

Quelles sont les responsabilités familiales ?

Créer une famille la plus stable possible, prendre soin du couple, élever et faire grandir les enfants. Accessoirement s’occuper des personnes qui peuvent en dépendre comme les parents âgés ou des frères et sœurs handicapés.

Que voit-on aujourd’hui ? Beaucoup d’enfants seuls, perdus, sans modèle et sans soutien.

Avec toute la meilleure volonté du monde, les parents, s’ils n’ont pas de temps, passeront à côté de la part la plus importante de leurs responsabilités : il ne suffit pas, en effet, d’assurer le gîte et le couvert ni que les enfants soient lavés, nourris et blanchis, comme le font les animaux, souvent mieux que nous. Les hommes ont un esprit et un cœur qui demande à être élevé et éduqué. Cela demande beaucoup de temps et d’énergie et relève en tout premier lieu de la responsabilité des parents.

Notre société perd ses enfants de ne pas en prendre soin. Aujourd’hui à 9 ans comme à 20, certains en arrivent à se battre jusqu'à se tuer pour presque rien, boivent trop, fument trop, se droguent et sont addicts des écrans jusqu’à la maladie ou la mort. Ils le font par ennui, ou par désespoir, en tout cas pour combler l’absence de sens de leur vie.

La bonne volonté et l’amour n’ont pas forcément disparu du cœur des parents, le temps oui, et c’est le temps passé avec eux qui fait bien grandir les enfants.

Quelles sont les responsabilités au travail ?

Avant tout être à sa juste place et faire bien ce que l’on a à faire.

A part les congés maladie à répétition et autres absences de convenances qui se multiplient, certes, mais restent encore marginaux, on peut dire que les Français sont à la tâche le nombre d’heures qui leur sont dévolues. La responsabilité n’est donc pas ici une question de temps, mais une question de qualité du travail. Les gens fatigués ou minés par des problèmes personnels qui les touchent ou touchent leurs proches comme le conjoint ou les enfants, ne peuvent pas être disponible et présents à ce qu’ils font.

Ici l’inefficacité et l’irresponsabilité au travail n’est donc plus une question de temps passé mais est bien plus lié à l’épuisement physique, moral et mental des personnes.

La bonne volonté et la compétence n’ont pas forcément disparu. L’énergie et la concentration oui ! Nombreux sont ceux qui partagent l’impression que l’on ne peut compter sur rien ni personne, et que tout est souvent à refaire.

Comment pallier ces problèmes ?

1) Il faut répartir les tâches

2) Laisser le choix

3) Donner les moyens

« Les Français sont usés » dit le médiateur de la République. « Passez en mode slow » titre le Figaro du 27 juin 2011

1) Il faut répartir les tâches

Non pas en rajoutant au père et à la mère des responsabilités supplémentaires, mais en allégeant le poids général des responsabilités. Répartir les tâches en acceptant et en reconnaissant qu’il est essentiel que pendant un certain nombre d’années, un des parents s’il le souhaite, puisse passer du temps, voire beaucoup de temps à s’occuper de sa famille.

Reconnaître que les hommes et les femmes ne peuvent travailler de façon rémunérée, dans de bonnes conditions, quand les problèmes non réglés s’accumulent à la maison.

Reconnaître que si certaines personnes, et beaucoup moins qu’on veut bien le dire, peuvent régler leurs problèmes de double journées par une énergie hors norme et une embauche massive de personnes compétentes pour les aider, la plupart ne peuvent supporter le poids physique et moral de ces doubles journées. Accepter que le couple doive partager équitablement le temps entre une activité salarié et les responsabilités de famille et qu’il puisse être nécessaire qu’un des membres du couple s’arrête momentanément de travailler au moins à plein temps.

2) Laisser le choix

Reconnaître que sur le plan financier, le deuxième salaire d’un couple est devenu en partie un complément indispensable et qu’il n’y aura jamais de solution satisfaisante si l’on ne revient pas à une allocation suffisante pour le conjoint qui choisit de prendre en charge le temps passé quotidiennement pour la famille.

Reconnaître que s’occuper de sa famille est une tâche noble et belle et donner à la personne qui choisit pour un temps de s’y employer, la reconnaissance sociale qu’elle mérite.

Reconnaître aussi que, dans la majorité des cas, c'est la femme qui choisit cette fonction, et accepter cet état de fait. La liberté du couple étant pleine et entière, ce n’est pas à l’Etat d’intervenir avec des systèmes de quotas ou une stigmatisation systématique de la femme qui fait ce choix.

3) Donner les moyens aux familles de bien faire pour éviter d’avoir à « payer la casse ».

L’allocation parentale d’éducation de 3 ans, telle qu’elle était conçue dans les années 1980 pourrait être un bon début, avec la possibilité ensuite de se diriger vers une allocation plus générale pour la personne qui donne son temps à sa famille, à ses parents âgés, dans le bénévolat ou autre. L’Etat qui la financerait retrouverait vite sa mise car cela permettait aux couples et aux familles de se stabiliser sur le plan affectif et financier, d’où :

Moins de troubles physiques et psychiques pour les parents et les enfants, ce qui diminuerait les prises en charge par les hôpitaux et le déficit de la sécurité sociale

Moins de délinquance par un retour à une éducation parentale dès l’enfance et l’initiation au sens des responsabilités, d’où moins de dégradations matérielles et physiques, de jugements et de prise en charge par la société dans des prisons surchargées.

Moins de familles éclatées qui demandent des logements supplémentaires (le plus gros poste d’un budget familial) et un soutien social en constante augmentation.

Par ailleurs, cette allocation prendrait la place de l’allocation chômage pour les parents qui la choisiraient. Ainsi, la personne elle-même, son conjoint, les enfants et la société se porteraient peut-être mieux d’avoir un statut de parent responsable plutôt que celui de « chômeur ».

Quant au travail, il reprendrait tout naturellement sa place dans la vie des hommes et des femmes puisque les enfants arriveraient pour la plupart à l’âge adulte heureux de leurs compétences, ayant donné un sens à leur vie et conscients de leurs responsabilités. Et ne croyez pas que le parent au foyer devient incompétent. Son ouverture, sa disponibilité et ses compétences sont certaines et pourquoi ne pas lui proposer une formation si besoin ?

Conclusion :

Notre société ne va pas bien. La France ne va pas bien. Les Français ne vont pas bien. Il est temps de tout reprendre tranquillement. Il faut reconnaître que notre société qui a permis de grandes avancées dans certains domaines s’est trompée en n’acceptant plus que la famille soit un pilier de la société dont il faut prendre soin.

Pour chaque homme, chaque femme, tout commence par la famille. Les enfants ont besoin de leur maman, ils ont besoin de leur papa. Ils ont aussi besoin d’une maison habitée et d’une maman (puisque c’est plus généralement le cas) qui prenne tout le temps qu’il faut pour s’en occuper, les élever, les éduquer, les aimer. Les couples ont besoin de temps pour se connaître, s’aimer et se soutenir dans la durée et donner à leurs enfants tout l’amour dont ils ont besoin et qui leur rendront bien. C’est la base du bonheur de chacun. Il est évident aujourd’hui que la course au travail ne l’est pas.

Pour prendre pleinement la responsabilité de leur travail, les hommes et les femmes ont besoin de l’énergie, de la santé, de la confiance en soi et de l’amour que donne une famille sur laquelle on peut compter. La responsabilité familiale pleinement assumée débouche obligatoirement sur la responsabilité au travail.