lu sur le blog des familles 2011 : famille et travail ; un exercice d'équilibre.

le 18 mars 2011

La conciliation, voire la réconciliation. Voilà bien un thème d’actualité pour les familles d’aujourd’hui : comment mener de front ses engagements familiaux et son travail professionnel, comment partager le temps et les responsabilités. Une question qui se pose au féminin comme au masculin. La France est à cet égard atypique, puisque 83% des femmes âgées de 25 à 49 ans exercent une activité professionnelle et que le taux de fécondité y est l’un des plus élevés d’Europe. Il faut qu’une famille ait plus de deux enfants pour que ce taux d’activité baisse. Le travail des femmes et la maternité peuvent se conjuguer, dans la mesure où les politiques sociales, les entreprises et l’organisation du couple facilitent cette double vie.

Les chiffres ne disent pas tout, pourtant. Le poids des tâches ménagères et éducatives continuent à peser sur les épaules des femmes ; les modes de garde pour les enfants petits restent en deçà des besoins ; la mise à contribution importante des grands-parents est souvent sous-estimée. Il y a aussi un prix à payer, sur le plan professionnel, par cet engagement maternel forcément dévoreur de temps ; et aussi, parfois, par de jeunes enfants, livrés à eux-mêmes, quand les parents rentrent tard du travail…

Les statistiques ne disent pas non plus que la question du travail professionnel des femmes a longtemps été, dans les milieux catholiques notamment, une source de malaise. Paradoxalement, tout autant pour les femmes qui choisissent de rester à la maison pour élever leurs enfants, que pour celles qui travaillent à l’extérieur du foyer. Les premières souffrent d’être cataloguées comme « inactives », alors qu’elles ont le sentiment, en privilégiant l’éducation de leurs enfants, de rendre un service à la société et, qu’au-delà du cercle familial , elles exercent nombre d’activités associatives ; les autres se sentent jugées comme de mauvaises mères, qui sacrifieraient leurs enfants à leur épanouissement personnel. Pourquoi faut-il, que, quel que soit leur choix (ou leur absence de choix), les femmes se sentent coupables ?

Mais les choses changent, même si le partage des tâches, lui, n’évolue qu’aux marges. Peut-être parce que s’allongent les carrières et que beaucoup se mettent à penser différemment la durée du travail. Parce que les hommes jeunes, tout autant que les femmes, n’entendent pas sacrifier leur vie personnelle et leur famille à un monde du travail jugé ingrat et aride. Parce que chacun comprend bien que l’éducation d’un enfant ne se résume pas à sa petite enfance, et qu’il est des temps d’adolescence qui nécessitent une attention parentale forte.

Le choix n’est plus, désormais, dans un tout ou rien, teinté d’idéologie. Pour peu que la situation économique n’entrave pas la liberté de choix. Les jeunes femmes, de plus en plus formées, exercent une palette de métiers ; elles continueront de vouloir travailler. Mais elles désireront, et leurs conjoints aussi, travailler autrement, pour l’épanouissement de leur famille et de chacun de ses membres. De leur équilibre personnel, dépend l’équilibre familial et celui de la société. Cela mérite qu’on y travaille.

Dominique Quinio

Dominique Quinio, mariée, mère de quatre enfants, est journaliste et directrice du quotidien La Croix.