Femme au Foyer : comment est-elle perçue par sa famille et son entourage ? d'après Philippe Vaur - psychanalyste

Le foyer, son étymologie,son sens.

Le foyer est, pour les opticiens, le centre du verre, ce qui permet de voir plus finement.

Le foyer désigne également la cheminée - qui fut longtemps le lieu le plus important de la maison - avec sa chaleur, son accueil, sa joie, et par extension, l'inter-relation.

Le feu permet aussi de s'orienter : foyer et phare sont deux mots qui ont la même origine. Et par analogie, la mère au foyer est celle qui peut dire où est le bon chenal*, celle qui transmet des repères, qui dit oui ou non.

Le feu est un qualificatif dynamique pour parler d'une personne ou d'une situation. Il est fait pour se développer et se transmettre.

Aujourd'hui on s'interroge : "ne serait-il pas intéressant de mieux considérer la femme au foyer afin de donner la possibilité à certains enfants d'avoir un phare ?" et pourtant le choix de s'occuper activement des enfants au foyer est aujourd'hui souvent mal considéré : les uns le voient comme une régression, les autres comme un non-choix.

*chenal : passage navigable entre des obstacles (rochers)

Mère active au foyer, ne peut-on trouver un autre terme ?

Ne pourrait-on la rebaptiser "entrepreneur familial non rémunéré" ? À elle seule, une femme au foyer assume tout le staff d'une PME : directeur administratif et financier, directeur des ressources humaines, directeur des achats, directeur logistique, directeur formation, directeur qualité…et cette entreprise ne fait pas que consommer, elle produit également des biens.

L'épouse est le seul entrepreneur qui n'en ait ni le titre ni la rémunération.

Et pourtant : ces dirigeants ne devraient-ils pas être encouragés et soutenus ? A-t-on aidé ces familles et ces entrepreneurs à assumer leurs fonctions ?

Les personnes qui font ce choix doivent être conscientes que pour y réussir, sept personnes doivent continuer à vivre :

Une femme ne naît pas le jour de son mariage ou de la naissance de ses enfants, c'est une adulte qui a son histoire :

l'épouse,

la mère,

la maman,

l'amante,

l'amie,

la femme intelligente.

Si l'un de ces personnages est absent, c'est l'échec. Or, souvent pressée par un quotidien chargé, elle néglige l'une ou l'autre de ces personnes.

La première à disparaître, c'est généralement la femme intelligente. Or l'intelligence demande à être entraînée. L'entretien de la formation intellectuelle devrait venir en tête de l'agenda.

La seconde à disparaître, c'est, le plus fréquemment, l'amante. Or c'est très important surtout pour les enfants. Trop de jeunes pensent que faire des enfants tue l'amour. L'origine de la famille c'est le couple et si la tendresse est absente du couple, la tendresse part du foyer.

Pour une femme au foyer, il est utile et indispensable de différencier la mère de la maman. Une mère a une vie courte et part en retraite dès que les enfants atteignant l'âge de dix-huit ou vingt ans quittent la maison. Une maman est éternelle, la mère qui donne des repères et des interdits doit disparaître, tandis que la maman qui comprend tout, espère tout, avocate de toutes les fautes, reste maman toute la vie. On peut aussi être attentif au fait que la maman n'est pas la même pour tous ses enfants.

L'épouse est souvent un peu oubliée, un anniversaire, une promesse non tenue…sa présence est si naturelle qu'on oublie presque qu'elle existe. Or l'épouse est quelqu'un qu'il faut défendre : dans les couples, c'est l'épouse qui, le plus souvent, est battue.

Enfin il est nécessaire de souligner que pour qu'un être humain puisse fonctionner, il faut lui laisser du temps pour méditer, pour se retrouver seul avec lui-même, libre de toute activité, pour réfléchir, penser, flâner. Trop souvent la femme au foyer ne se garde pas ce temps de méditation. Or un être humain qui ne médite pas rumine, ce qui est fort différent. Un être humain qui ne médite pas, n'avance pas non plus.

En conclusion, une femme active au foyer doit préserver son temps de méditation et son entourage doit le respecter pour qu'elle puisse rester active, intelligente, sociable et chaleureuse.

Pour que ce choix réussisse, il faut réunir des conditions : la femme doit rester sociable, conjugale et raisonnable au sens d'intelligente, capable de discerner le bien et le mal. Les trois facettes de sa personnalité ne doivent pas disparaître. Quand un "enfant" de quarante cinq ans peut se dire qu'il n'a pas toujours été d'accord avec sa mère au foyer, mais qu'il est toujours certain de l'affection de sa maman au foyer, celle-ci a gagné !

Le 7 janvier 2011