DES NOUVELLES DE L'ONU


Rencontre avec Brigitte Polonovski - Représentante de la FEFAF et FAEF à l'ONU

Brigitte, pouvez-vous vous présenter ? Vous êtes véritablement très active !
Quand j’ai eu cinquante ans j’ai suivi mon mari qui était muté et j’ai abandonné mon travail et mon mandat politique. A ce moment là je n’ai conservé que mes activités bénévoles au sein du CIF (Conseil International des Femmes) et de la FAI (Fédération Abolitionniste Internationale, association qui agit en faveur de l’abolition de l’exploitation de la prostitution) dont j’étais la présidente internationale. J’avais rencontré Brigitte Legouis, présidente de la FAEF qui m’a demandé de les représenter à l’ONU à New-York comme à Genève. Puis la FEFAF me l’a aussi demandé. Ces engagements sont devenus des activités à temps complet ; j’étais disponible même si j’aurais bien retravaillé quand nous sommes rentrés en France/Suisse, mais j’ai été disqualifiée pour cause d’âge (52 ans).

Comment en êtes-vous venue à agir pour les femmes ? Qu’est-ce qui vous pousse à agir ?
Votre question me semble tellement étonnante !
Comme femme qui s’intéresse à la vie extérieure, qui a de la chance dans la vie, dans la mesure où je suis née dans un pays du nord, ayant toujours eu un toit sur la tête, chaque jour à manger, je ne vois pas comment je ne pourrais pas m’intéresser à ceux qui ont moins de chance que moi dans la vie. J’ai été jeannette puis guide, investie en politique, m’intéresser à ceux qui n’ont pas la même chance que moi c’est ma façon d’être présente au monde.

Aujourd’hui vous êtes membre permanent du CIF et représentante de l’Union nationale et de la FEFAf à l’ONU, qu’est-ce que cela veut dire?
D’abord quelques éclaircissements sur le fonctionnement de l’ONU !
A l’ONU il y a d’abord l’Assemblée générale, puis le Conseil Economique et Social (ou encore ECOSOC, qui accrédite les ONG dont FAEF), puis les commissions (dont la Commission sur la condition de la femme, Commission on the Status of Women, CSW) et le Conseil des Droits de l’Homme.
Tous les organismes font des rapports qui sont votés lors des sessions et servent de référence pour les sujets traités. La difficulté, c’est que les membres de l’ONU sont des gouvernements, donc tout ce qui se fait dépend aussi du rapport politique qu’entretiennent entre eux les Etats. Même les droits de l’Homme sont ainsi liés à la politique.
Il y a ensuite les comités qui sont en principe des groupes d’experts garants des conventions internationales et qui suivent ce qui est fait pour la mise en œuvre des pactes dans les différents Etats qui les ont ratifiés.
Les ONG peuvent soumettre des rapports alternatifs qui sont souvent plus proches de la réalité vécue sur le terrain.
A côté de l’ONU, il y a la Conférence des ONG(CONGO) qui a environ 600 affiliés. (3000 ONG environ sont accréditées à l’ONU). Cette conférence est organisée en comités (statut de la femme, droits de l’Homme, développement, liberté religieuse, santé, éducation…). La CONGO a pour mandat de faciliter le rapport des ONG avec les Nations Unies. Ses comités organisent des tables rondes, des discussions avec les gouvernements, les ONG, rédigent et soumettent des déclarations orales ou écrites, font du lobbying global.
Il y a enfin le groupe des ONG pour les droits des enfants, qui œuvre à la mise en œuvre de la Convention des droits de l’enfant.

Concrètement, à quels groupes de travail avez-vous participé ?
A l’ONU, je participe aux séances de l’ECOSOC en juillet une année sur deux à Genève, à toutes les session du Conseil des Droits de l’Homme environ 14 semaines réparties pendant l’année, au comité des droits de l’enfant trois fois trois semaines par année (CRC) et maintenant au comité sur la convention sur l’élimination de la discrimination envers les femmes (CEDAW) aussi trois semaines trois fois par an (et deux fois à New York sessions couvertes par mes collègues là-bas). J’ai travaillé au sein du groupe de travail sur l’extrême pauvreté (5 experts nommés par les gouvernements et représentants des 5 régions du monde et 2 représentants des ONG, c.à.d. ATD Quart Monde et moi). Nous avons élaboré des principes directeurs pour l’éradication de l’extrême pauvreté, le premier des huit objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Approuvés par le Conseil des Droits de l’Homme, il sera soumis à l’Assemblée générale l’année prochaine. Au sein du groupe des ONG sur les droits de l’enfant, je fais partie du groupe de travail relatif aux enfants dépourvus de soins parentaux qui a rédigé des principes directeurs sur ce sujet et ce document sera soumis par le Brésil à une prochaine session du Conseil des Droits de l’Homme.
Au sein de la CONGO, j’appartiens au comité des droits de l’Homme et à celui sur la condition de la femme et je préside le groupe de travail sur les violences à l’égard des femmes et des filles ainsi que celui sur la petite fille (nous avons édité une brochure sur les infanticides, et en préparons une sur les mariages précoces et les mariages forcés).
Je suis membre du groupe des ONG pour les droits de l’enfant et je participe en particulier au groupe de travail sur l’exploitation sexuelle des enfants.

Quelles perspectives pour 2008 ?
En 2015 les huit objectifs du millénaire pour le Développement (Millenium Développement Goals) définis en 2000 à l’ONU doivent être atteints ; 2008 se situe donc à mi-parcours, c’est le moment de faire le point et d’être actif.
Je continue de travailler sur les violences exercées contre les femmes et les enfants, les filles en particulier, et sur l’éradication de la faim et de l’extrême pauvreté.
Je suis bien sûr très intéressée pour relayer tout ce qui se fait sur ces sujets à différents niveaux, échanger et rencontrer les personnes qui prennent à cœur ces sujets. Comme représentante de votre organisation je suis aussi particulièrement tout ce qui se fait au niveau de la famille et des sujets en rapport avec les femmes au foyer. Dans le groupe des ONG sur l’emploi et l’économie, cela fait une année que nous travaillons sur le travail informel et les femmes au foyer. Nous sommes intervenues pendant la conférence du Bureau International du Travail et aussi pendant la dernière session de l’ECOSOC cette année 2007 et l’an prochain, le sujet principal de la Commission sur la condition de la Femme à New York fin février étant le financement de l’égalité des genres et autonomisation des femmes (Financing for gender equality and empowerment of women) le sujet va être abordé en détail et le groupe de travail va organiser tables rondes et déclarations avec beaucoup d’autres organisations dont la FEFAF.

Toutes vos idées, contributions et expériences sont les bienvenues et je serai toujours très heureuse d’avoir de vos nouvelles et de répondre à vos questions.
Je vous suggère d’aller voir sur internet si vous l’avez, sur le site des Nations Unies :
www.un.org
et de naviguer dans les droits de l’homme www.ohchr.org
et ceux des femmes www.un.org/womenwatch .