EMPLOI FEMININ

LA PARITE ? A TEMPS PARTIEL

"L’objectif fait, en Europe, l’unanimité : pour augmenter le taux d’emploi de la population en âge de travailler, il faut faciliter l’accès des femmes au marché du travail, ce qui réduira par la même occasion les écarts de rémunération entre elles et les hommes. Pourtant, note Christel Gilles, dans une étude pour le centre d’analyse stratégique (note de veille 72), on peut se demander si l’augmentation du taux d’emploi féminin est compatible avec la réduction des inégalités de genre.

En effet alors qu’entre 2000 et 2005, le taux d’emploi féminin a cru de 53,9% à 57,4% en moyenne au sein de l’Union européenne, l’écart de salaire entre hommes et femmes est resté à peu près constant, passant de 16%à 15% sur la même période. Pourquoi ? Parce que beaucoup de femmes sont beaucoup plus que les hommes concentrées dans un petit nombre de secteurs et de métiers, où les emplois sont en moyenne peu qualifiés. Les femmes qui travaillent sont employées à 47,5% dans quatre branches (sur 62) : santé et action sociale (17%), commerce de détail (12.5%), éducation (11%), administration publique (7%).Et trois professions regroupent le quart d’entre elles : vendeuses (8%), aides de ménage (8%) et personnel soignant (7%). Autre caractéristique de l’emploi féminin, le temps partiel qui concerne une femme sur trois contre un homme sur dix en Europe.

Jusqu’ici rien de bien surprenant. Ce qui l’est plus, en revanche c’est que les pays réputés les plus attentifs à la parité, au nord de l’Europe, sont aussi ceux où ces caractéristiques de l’emploi féminin sont les plus accentuées. Au contraire, dans les pays du sud- la France se situant dans une position intermédiaire- où le taux d’emploi féminin est plus faible, ces caractéristiques sont moins prononcée : le temps complet y est plus fréquent et la diversité des emplois occupés plus importante. L’augmentation du taux d’emploi des femmes semble passer par un développement du temps partiel et d’emplois de services peu qualifiés, jugés plus compatibles avec la vie familiale et les tâches domestiques assignées traditionnellement aux femmes, du Nord au Sud de l’Europe !

Comment dès lors, rompre ce cercle vicieux ? En facilitant le recours aux modes de garde des enfants et aux congés familiaux pour permettre aux femmes d’accéder aux emplois qualifiés et à plein temps- c’est ce que les pays nordiques n’ont pas fait, et rendre neutre le choix d’un emploi à temps partiel par rapport à un temps complet en termes d’activité, de rémunération horaire et de progression de carrière…"

Le Monde 2 Octobre 2007

Donc, résumons-nous : pour faire face au vieillissement pourtant largement prévisible de la population en Europe et au manque de main d’œuvre qui en découlera, « il faut faciliter l’accès des femmes au marché du travail ». « L’unanimité » est d’autant plus grande que l’activité féminine est aujourd’hui souvent présentée comme la condition sine qua non de la soit disant émancipation féminine. Mais il y a une contradiction: les femmes sont massivement représentées dans les activités de soin, d’entretien, d’éducation, qu’on appelle aujourd’hui « les services à la personne »…domaines stigmatisés comme étant le lieu par excellence de l’asservissement féminin quand ils sont effectués au service de sa propre famille et qui ne permettent pas des rémunérations ni des carrières importantes.


LA DISCRIMINATION PROFESSIONNELLE EN FRANCE ET EN SUEDE.

Rapport de Valérie Pécresse au Premier Ministre février 2007, pages 48-49

En France comme en Suède certains métiers connaissent une forte présence de mères. Ainsi 70% d’entre elles exercent leur activité dans 11 métiers. Il existe toutefois des différences entre les deux pays.

En Suède la ségrégation professionnelle parait plus forte. La moitié des mères est concentrée dans trois professions, alors qu’en France 50% exercent dans 6 métiers différents. 30% des suédoises occupent un emploi dans 6 métiers différents ; 30%des suédoises occupent un emploi dans une seule profession qui est aussi la première profession des mères françaises mais pour seulement 14%d’entre elles (la profession des employés de bureau regroupe 11% des mères, celle des employés non qualifiés des services et de la vente plus de 9%).

En outre, la répartition des mères selon le secteur d’activité, public ou privé, est caractérisée par une très forte polarisation en Suède, où les trois quarts exercent dans le secteur public contre seulement un tiers en France.

En Suède l’offre de garde n’est effective que pour les enfants âgés d’un an et demi.(…) 34% des mères suédoise travaillent à temps partiel, le plus souvent pour des motifs exclusivement familiaux. L’écart n’est pas très grand avec les femmes françaises, puisque cette proportion est de 31%, mais les motifs ne sont pas les mêmes car en France le temps partiel renvoie aussi à une logique d’ajustement aux difficultés du marché du travail qui touche les femmes les moins qualifiées, les plus en difficulté, et peut alors être contraint.

En Suède la politique familiale a donc des conséquences importantes sur les carrières professionnelles des femmes. Elles travaillent surtout dans des secteurs protégés et à faible concurrence masculine. In fine, la politique familiale suédoise, souvent citée en modèle se traduit par une ségrégation professionnelle, horizontale pour l’accès aux métiers et verticale pour l’accès aux postes de responsabilité) plus forte qu’en France.